La Rochelle, France
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Un Bélouga loin de son habitat

Le 2 août dernier, un bélouga est signalé et identifié formellement sur une vidéo prise à 170 km en amont de l’embouchure de la Seine. Cet animal a réussi à passer une écluse sans être observé. Depuis l’animal évolue dans une des boucles de la Seine en amont de l’écluse de Poses. La Préfecture de l’Eure s’est entourée des organismes compétents, dont Pelagis, afin de proposer des mesures adaptées pour optimiser ses chances de survie tout en considérant le bien-être de cet animal.


D’où vient ce bélouga ?
Le bélouga a une distribution arctique et subarctique. Bien que la population la plus connue se trouve dans l’estuaire du Saint-Laurent (Québec), la plus proche de nos côtes se trouve aux Svalbard, archipel situé au nord de la Norvège (à 3000 km de la Seine). Il s’agit donc d’une espèce vivant dans les eaux froides et polaires, où elle s’y nourrit de poissons (hareng, morue, saumon, etc.). Le bélouga vit habituellement en groupe et est capable d’évoluer dans des eaux plus douces et peu profondes.

Pourquoi un bélouga dans la Seine ?
De nombreuses espèces de mammifères marins loin de leur habitat primaire ont déjà été signalées en France et notamment des espèces polaires telles que le morse, le phoque de Groenland, le phoque barbu ou la baleine franche du Groenland. Un narval (même famille que le bélouga) a également été retrouvé mort près d’une écluse dans l’Escaut en Belgique en 2016.
Il s’agit du second bélouga connu en France puisqu’en 1948 un pêcheur de l’estuaire de la Loire en avait remonté un dans ses filets. En 1966, un autre individu avait remonté le Rhin jusqu’en Allemagne et avait ensuite été perdu de vue lors de son retour vers la mer du Nord. Plus récemment en 2018, un bélouga était resté 3 mois dans l’estuaire de la Tamise en Angleterre avant de disparaitre également.
Ces cas d’errance restent inhabituels et inexpliqués, avec probablement des raisons multiples comme l’état de santé, l’âge (les subadultes se dispersant plus facilement), l’isolement social, les conditions environnementales, etc.


Quelles sont les chances de survie de cet animal ?
A l’heure actuelle, nous ne disposons pas d’éléments suffisants pour se prononcer sur les chances de survie de l’animal, quelle que soit la solution envisagée. Il est cependant évident que les conditions environnementales dans lesquelles il évolue lui sont peu favorables, notamment du fait des températures très chaudes et de l’eau douce pure. Néanmoins, il est essentiel d’évaluer les risques et de maximiser les chances de réussite de toute intervention qui pourrait être envisagée.

Avis des scientifiques suites aux dernières observations le 5 août : Les éléments dont nous disposons actuellement suggèrent que l’animal est amaigri. Néanmoins, l’origine de cet amaigrissement est indéterminée et les conséquences sur la survie de l’animal à court terme restent incertaines. En dehors de sa localisation erratique, l’animal présente un comportement conforme à celui de son espèce (déplacements et phases de plongées), ne permettant pas d’écarter la possibilité que l’animal retourne de lui-même en mer. En l’absence d’éléments complémentaires, le pronostic sur la survie de l’animal reste réservé. Cependant, la mise en œuvre d’opérations lourdes telles que la capture pour un déplacement vers la pleine mer représente un risque majeur pour la survie et le bien-être de l’animal et ne nous apparait pas appropriée à ce stade.


Une orque, un rorqual et un bélouga dans la Seine en 3 mois…
Il n’y a aucune hypothèse pour le moment concernant la présence de ces cétacés dans la Seine depuis 3 mois. Par le passé, il y a eu d’autres observations, souvent des espèces plus communes sur nos côtes et à des époques où la pression des médias et des réseaux sociaux était moindre. On citera d’autres espèces polaires comme un phoque du Groenland à Rouen en 1987 ou un phoque barbu en 2006 qui avait également séjourné dans la Seine pendant 3 mois jusqu’à remonter dans le Val d’Oise. Il y a également eu des échouages au niveau de l’embouchure de la Seine, comme un rorqual boréal et un hyperoodon boréal dans les années 80.